Armand Rouiller

 

Je vais vous parler du peintre Armand Rouiller. C'est le peintre paysagiste vaudois par excellence, le peintre de nos campagnes, mais aussi le peintre de la côte et du lac. La poésie de Rouiller est celle de nos champs de blé, nos vallons enneigés, mais surtout de la nostalgie d'une nature intacte.

Armand Rouiller est né en 1901. Inlassablement, dès sa jeunesse, il a dessiné. Aveuglément, sans arrêt, pourrait-on dire, il ne savait pas s'il avait le talent nécessaire pour construire une oeuvre valable ou était-ce de l'habileté? Chaque nouvelle toile remet tout en question. Enfant il recopie les dessins de ses livres d'école. Avant qu'il ait 16 ans, un peintre français nommé Xandel l' initie aux mystères des couleurs à l'huile. Le jeune Armand fut fasciné d'emblée par cette merveilleuse matière, fluide ou épaisse à volonté, si facile en apparence, mais si exigeante.

Sa première toile, celle de sa soeur Marie qui a 12 ans. Le raffinement des tons annonce le peintre futur. En 1920, Armand Rouiller entre à l'école d'instituteur à Lausanne. C'est par chance que Georges Payer excellent maître de dessin s'intéresse à lui, corrige ses essais et l'encourage à suivre ses cours particuliers de décoration et de dessins qu'il donne à Lausanne. Il prend des cours d'aquarelle sur le terrain avec Charles Koëlla très bon peintre et aquarelliste minutieux. Ainsi, patiemment le jeune artiste poursuivait son apprentissage technique. Il visite régulièrement les collections du Musée de Lausanne, conserve et contemple toutes les reproductions d'arts qu'il peut découvrir. Il approche également des grands maîtres de notre pays: Bocion, Hodler, Valloton. Ainsi peu à peu, Armand Rouiller prend conscience de ses goûts profonds, de ses possibilités. Il aime retrouver sur la toile une belle pâte qui s'étale large et libre, ferme et nerveuse, des tonalités plutôt sourdes, une organisation subtile des lignes, des masses et des volumes.

En 1927, après 2 ans de stages dans le canton de Vaud, il est nommé maître d'école au village de Vullierens, à mi-chemin entre le lac et le jura.

L'année suivante surgit ce qui aurait pu être un nouvel obstacle sur le chemin du peintre: l’amour. Mademoiselle Edith Henry, fille du syndic et juge de paix de Vullierens, possède un teint de lait et de rose et de longs cheveux blonds. Elle rend souvent visite dans la ferme paternelle, mais habite près de Genève. C'est pourquoi Armand Rouiller lui rend régulièrement visite à Vernier. Ils découvriront ensemble la belle campagne environnante, les rives du Rhone et les musées genevois.

En 1930 ils se marient. Mme Rouiller désire quitter Vullierens, Mr Rouiller ne peut s'y résoudre. Ce pays lui convient, il convient à son art.

Le couple s'installera au collège, où il y restera 33 ans. L'une des fenêtres de l'appartement de Rouiller au collège donnait sur la cour d'une ferme et que chaque saison animait de son mouvement particulier. PIus loin on voyait une ruelle à l'ombre des vieux arbres d'un verger. Tout cela si semblable et si varié au fil des saisons, Armand Rouiller les a dessinés et peints des centaines de fois. La classe finie, avant ou après les repas, à la récréation, il saisissait ses crayons ou ses pinceaux. Et tout ça sans négliger ses devoirs d'instituteur. Il avait autant d'engagement envers ses élèves que dans sa peinture. L'épouse du peintre tient un rôle très important auprès du peintre. EIIe s'est engagée totalement pour que son mari puisse travailler dans les meilleures conditions possibles. C'est elle qui lui achète ses tubes de couleur, qui organise les nombreuses expositions où elle y crée une ambiance chaleureuse. De leur union naîtront 3 garçons.

Ernest Pizzotti menait les mêmes recherches artistiques qu'Armand. Les 2 amis s'installaient souvent dans le magnifique verger de noyers du château pour dessiner et peindre. Dès 1942 Charles Clément choisit Vullierens pour y faire des séjours prolongés. Ses conseils et ses jugements toujours pertinents furent très importants pour Rouiller. C'est grâce à un collègue qu'Armand Rouiller rencontre Mr Bosshard un grand artiste. Sa manière de faire chanter les tons, ses dégradés fascinent Rouiller et c'est à son influence qu'on doit la liberté d'écriture de maints paysages et natures mortes. "Un tableau doit être une remise en question de tout ce que l'on sait. C'est à chaque reprise un pari envers soi-même, un défi constant", disait-il. Regardons de près une toile de Rouiller: peinture figurative? peinture abstraite? non tout simplement une peinture juste. Des passages subtiles entre les couleurs, sans agressivité. Le peintre semble éprouver beaucoup d'intérêt pour des paysages presque vides. Ce sont les saisons comme l'automne ou l'hiver qu'il préfère. A la retraite de l'instituteur, il veut sortir de la routine et aborde des genres divers. Ils s'installèrent dans les hauts se Vullierens où il s'aménagea un grand atelier très lumineux. Il peint toujours des paysages, mais de plus en plus de natures mortes, des figures, des compositions de fleurs, et des fruits. Des scènes de bistrot ou des nus. Assez tardivement, le peintre découvrit le Léman il est fasciné par le jeu des transparences et les reflets dans l' eau. Ses oeuvres les plus remarquables représentent le bleu Léman en hiver. Lors de chaque voyage, sa boite d'aquarelles l'accompagne toujours. La lumière blonde des plaines de France, ou éclatante des pays méditerranéens inondent le regard du peintre, la palette s'éclaircit .Il est bien évident que toute la peinture, surtout le paysage a été influencée par le mouvement impressionniste. Le trait est toujours vrai, il a toujours le poids exact de la chose dessinée. Le peintre de Vullierens est certainement l'un des meilleurs paysagistes de ce pays et peut-être le plus émouvant. Depuis 1946, il s' était fait connaître et apprécier du public vaudois dans de nombreuses expositions à la galerie d'art des nouveaux grands magasins, à l'aula de I'EPFL de Lausanne, à la galerie d'art et lettres à Vevey et régulièrement chaque année dans son village. Il participa à plusieurs grandes expositions nationales. La confédération, le musée cantonal des Beaux-Arts à Lausanne, le fond des arts plastiques à Lausanne et mints collectionneurs privés ont acquis ses oeuvres.

Armand Rouiller meurt le 3 décembre 1977 à Morges après quelques semaines de maladie. L'artiste était modeste et discret, l'homme foncièrement bon, fidèle à ses amitiés et à son idéal. Sa femme , jusqu' à sa mort en 2001, continua d'organiser des vernissages à Lausanne et Vullierens.